3) 1960-2000

      La silhouette féminine entreprend de se modifier dès le début des années 60. Progressivement, l'image de la femme des années 1950, aux contours très dessinés, s'efface au profit d'une silhouette plus plate, plus proche de celle d'une jeune fille. Dans les années 60 les tenues de ville, les jupes, vont progressivement remonter sur les jambes, favorisant le port des collants. Les bottes sont également à la mode. La principale innovation de cette période fut la mini-jupe dont on attribue généralement l'invention à Mary Quant, dont l'ourlet arrivait juste au-dessus du genou en 1961 et atteignit le haut des cuisses en 1966. Bas et jarretelles furent alors remplacés par des collants aux couleurs vives, et les sous-vêtements se réduisirent à de minuscules culottes et à des soutiens-gorge légers. La mini-jupe convenait parfaitement à la silhouette très maigre incarnée par le jeune mannequin surnommé Twiggy.

La top-modèle anglaise: Twiggy



      Bouleversement radical à partir de 1965 : le talon aiguille galbé cède la place au talon droit et carré, haut et plat. Le 1er octobre 1968 apparaissent les premiers écrans de publicité. Ainsi on pourra voir à la télévision des publicités pour les bas Dim, ce fut la première marque de bas et collants à représenter une femme qui bouge, libre de ses mouvements et très personnelle. À la fin des années 60, l'ourlet redescendit à mi-mollet, changement contesté par beaucoup de femmes qui continuèrent à porter la mini-jupe.

Elle datant du 4 septembre 1964: Courrèges réinvente la femme, à sa manière, ultracontemporraines, certains s'en offusquent: peut-on tolérer des femmes en pantalon?



    En 1970, c'est l'apparition de nouvelles matières dont le plastique. Pierre Cardin crée des robes en plastique moulé et des justaucorps en résille de vinyle. Cette tendance au brillant donnera naissance à la mode du strass en fin de décennie. Le maquillage évolue aussi des paillettes vers la nacre. La silhouette féminine se définie par une silhouette longue, aux jambes étirées. Les seins sont menus et hauts, la taille n'est pas marquée, les hanches sont étroites et ni le ventre ni les fesses ne doivent saillir. Les cheveux sont courts, le maquillage naturel et le bronzage très à la mode. Fleur bleue, punk ou disco ? Les mouvements de mode naissent et se superposent. Le style punk par exemple en 1975 qui s'est d'abords propagé en Angleterre, les jeunes femmes adoptant ce style portaient par exemple des mini-jupes, des collants résille et des talons aiguilles. Dès 1979, thierry Mugler invente la silhouette des années 1980: veste epaulée, jupe droite, escarpins fins.



    Dans les années 80 le corps doit être parfait, façonné par le sport, la diététique ou la chirurgie estethique. Il faut qu'il soit jeune, lisse et musclé, comme celui des top-models, égéries de la fin des années 1980. En septembre 1981, une jeune femme souriante se campe en maillot de bains deux pièces sur un fond de plage et de mer bleue. Les mains sur les hanches, un regard moqueur, plein de malice, elle affirme "le 2 septembre, j'enlève le haut". Les affiches Myriam sont les différentes affiches d'une campagne publicitaire de l'afficheur Avenir. Le 2 septembre, elle a enlevé le haut et expose ses seins au public de la rue. "Le 4 septembre, j'enlève le bas" annonce-t-elle, c'en est trop, impossible elle ne l'enlèvera pas pensent les français. Elle ôte le bas le 4 septembre et expose à une France médusée ses fesses avec comme slogan "Avenir, l'afficheur qui tient ses promesses". Le plus surprenant c'est que "Myriam" ne fit pas scandale, elle choqua quelques féministes et certains intégristes sans plus.

Affiche du groupe avenir: Myriam


    L'univers très intime de la protection féminine va suivre l'exemple de Myriam. Car en 1982 Peaudouce lance Nana. Jusqu'alors, les protections ne devaient pas se voir, Nana s'est adressée à ces jeunes générations de femmes issues des années 68, plus libres que leurs aînées, et assumant mieux leur corps et ses fantaisies.

    Le corps change d'image d'une décennie à l'autre. Dans les années 80 il reste un corps objet, et la femme regarde son image dans le miroir, elle le voudrait parfait mais il ne s'agit que de beauté imposée par l'extérieur. Dans les années 90 une mutation s'opère, la femme recherche l'harmonie avec elle-même. L'esthétique vestimentaire est de l'ordre de l'authenticité et non plus de l'ornementation. Elle est plus encline à porter des vêtements souples et confortables (talons plats, tailleurs strech, chemises amples) et des matières qui valorisent la silhouette (lycra, body, voiles) que des tenues contraignantes (talons hauts, jupes fourreau, porte-jaretelles). Les matières brutes reviennent en force: coton, lin, coquillage, daim après une décennie de synthétique, viscose, vinyle... Ce n'est plus "jouez de la tendresse à la violence" (chanel), ou "osez les couleurs" (Yves Saint Laurent) mais "la beauté qui vient de l'intérieur" (Vichy Célestin), ou "ce qu'il fait à l'intérieur se voit à l'extérieur" (Activia appelé Bio à l'époque, de Danone). On peut noter la fréquence d'emploi du mot "intérieur".
    Ainsi le culte du corps qui avait animé les années 80 et défini un véritable ordre du corps, a fait des déçus et augmenté le nombre d'exclus, tant et si bien que les critères de beauté commencent à tolérer la différence. L'authenticité est le maître mot des années 90. Si les top-models affichent toujours leurs mensurations de rêve, désormais elles doivent avoir un petit quelque chose en plus, un léger défaut, ou simplement un signe particulier qui pourrait révéler une "personnalité".

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